PS - Fabius

Publié le par France Républicaine

entretien Laurent Fabius, Politis, 27/05/2005

 

Si vous ne reteniez qu'un seul argument pour convaincre de voter non, quel serait-il ?

Pour faire face aux défis du siècle – chomage, hyperpuissance américaine, émergence de la Chine et de l'Inde, menaces sur l'environnement – nous avons besoin d'une Europe forte et solidaire. L'actuelle Constitution ne va pas dans ce sens. C'est la principale raison de dire "non".

Alors que la priorité devrait être le développement, l'emploi et l'innovation, la Constitution se contente de reprendre les politiques existantes, en particulier dans sa partie III. L’expérience a montré les limites – et parfois les dangers – par exemple d'un euro trop cher, de la prééminence absolue du principe de libre concurrence, de l'absence d'ambition industrielle.

Dans l'Union à 25 et bientôt 30 pays, une harmonisation fiscale et sociale par le haut devrait être engagée afin de rendre l’élargissement profitable à tous. La Constitution écarte cette perspective et risque d’amplifier les délocalisations.

Si la Constitution est adoptée, l'orientation libérale de l'Europe sera figée dans un texte qui ne pourra être révisé qu’à l'unanimité. Cette clause de blocage est une faute contre l’avenir. Pour nous Européens, c'est une question de survie. Si nous ne bâtissons pas une Europe à la hauteur des enjeux du présent et du futur, ce que nous avons construit depuis 50 ans - paix et progrès social - peut se trouver remis en cause. La solidarité intérieure et internationale indispensable deviendrait alors vide de contenu. Le choix fondamental est donc entre une Europe libérale et une Europe sociale. Comme Européen et homme de gauche, j'ai choisi.

 

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