Jean-Luc Gréau
PARIS, 25 mai 2005 (AFP) - Jean-Luc Gréau, ex-économiste au Medef devenu consultant indépendant, très critique vis-à-vis du projet de Constitution européenne, plaide dans "L'avenir du capitalisme" (Gallimard, 2005) pour un "néo-protectionnisme" de l'Union européenne.
Q: La question du libre-échange est apparue dans le débat sur le Constitution européenne, mais en arrière-plan. Qu'en pensez-vous?
R: Le débat en cours se situe dans le contexte d'une récession industrielle de l'Union et d'un emballement du mouvement de délocalisations. Mais les partisans du traité s'emploient à neutraliser la question du libre-échange dont ils ont conscience qu'elle revêt un caractère explosif. Elle est située au coeur de l'article III-314, synonyme d'ouverture la plus large des échanges extérieurs de l'Union.
+Par l'établissement d'une union douanière (...) l'Union contribue (...) au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres.+
Voici une union douanière dont l'objectif, sans précédent dans l'Histoire, serait de supprimer les protections douanières qui lui donnent son nom de baptême! Le sommet de contradiction qu'est cet article signifie la dissolution du marché européen dans l'espace du commerce mondial.
Q: L'UE aurait donc besoin d'un "néo-protectionnisme"?
R: L'Europe, avec ses 430 millions d'habitants, offre un marché particulièrement large à ses entreprises. Il n'est donc nullement nécessaire +d'acheter+ une ouverture des marchés extérieurs au prix de l'ouverture inconditionnelle du marché unique européen. Le +néo-protectionnisme+ doit sauvegarder les activités anormalement menacées par le dumping. Mais il tend aussi à susciter des projets industriels européens qui ne peuvent se concrétiser aujourd'hui, simplement parce qu'il vaut mieux les réaliser sous d'autres cieux avec une main-d'oeuvre moins chère.
Q: Mais il ne s'agit pas de fermer les frontières de l'UE ?
R: Il n'est pas question de répondre au dogmatisme du libre-échange systématique par une proposition symétrique de protectionnisme intégral. Celui-ci est inconcevable. Cessera-t-on d'importer de Côte d'Ivoire du cacao, qui ne peut être cultivé sous nos latitudes? Bien sûr que non. Il faudra procéder à une revue soigneuse de la nomenclature des produits, pour n'appliquer les restrictions qu'aux biens et services pour lesquels on constate du dumping, de la déstabilisation volontaire des marchés et de la contrefaçon.