Eric Zemmour

Publié le par Laurent Pelvey

Eric Zemmour, Le Figaro, 02/05/2005


 

Mission diabolisation

 

Ils l'attendaient avec une impatience non dissimulée. Sa seule présence était à même, selon eux, de faire gagner le oui. De faire perdre le non, plutôt. Il était le plus affreux de tous les "affreux", Villiers, Chevènement, Pasqua, comme les appelaient affectueusement les proches de François Hollande. Quand le premier secrétaire du PS déclarait il y a quelques semaines que "Le Pen se tait car d'autres font le travail pour lui", c'était une sorte d'appel au secours. C'était comme s'il disait : Cher Jean-Marie Le Pen, au secours, sauvez le oui, sauvez-nous, sauvez-moi.

Rien qu'une petite provocation, un petit jeu de mots, une plaisanterie de fin de banquet. Un détail pour vous, un gros gain pour nous. Mais Le Pen se taisait. Et lors de son débat télévisé face à Bertrand Delanoë, la semaine dernière, il ne réagissait pas lorsque le maire de Paris le titillait sur cette armée allemande qui se serait comportée de manière plus humaine en France. Eventée, la ruse. Pis. Son parti, pour une fois habile, faisait assaut d'humilité en ne revendiquant rien dans la victoire qui s'offrait : "Le non n'appartient pas au Front national. Nous nous contentons de mobiliser notre électorat."

La tactique des partisans du oui relève de la guerre bactériologique : il s'agit d'épandre le virus de la diabolisation lepéniste sur tout le camp du non.

Refaire en grand l'opération du 21 avril 2002 ; réduire l'adversaire "ad Hitlerum", pour mieux le détruire.

Cette fois, leur tâche est malaisée. Difficile de reconnaître en Laurent Fabius le frère d'Hitler. De travestir Emmanuelli ou Mélenchon en Goering ou Himmler, Besancenot en gardien de camp, Laguiller en Eva Braun.

C'est le non de gauche qui mène la danse, pas celui de droite. Ce sont les arguments de la gauche, antilibérale, qui donnent le ton de cette campagne, et non ceux de droite, sur la souveraineté de la nation ou la Turquie. Or, depuis trente ans, le débat politique et médiatique a diabolisé les arguments nationalistes ou simplement souverainistes, mais a angélisé la critique de gauche antilibérale d'où qu'elle vienne, même d'anciens staliniens ou trotskistes. Il n'est donc pas mal de voter non, puisqu'on ne vote pas comme Le Pen, mais comme Besancenot.

Tous les partisans du oui, Chirac en tête, et même Sarkozy, courent après ce non de gauche, promettant protection contre la mondialisation libérale.

Enfin Le Pen vint. Il avait choisi de longue date de concentrer sa campagne sur le mois de mai. De l'ouvrir avec Jeanne d'Arc, "celle qui a dit non". De quoi donner du baume au coeur des partisans du oui, qui peuvent dénoncer pêle-mêle "passéisme", "nationalisme", ou même "xénophobie". Du pain bénit. Mais, le même jour, il y a eu aussi cette fête du travail qui a tourné à la fête du chômage, et des délocalisations, et des textiles chinois. Fichue campagne.

 

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Publié dans Actualité

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