PS - Emmanuelli

Publié le par France Républicaine

Par Thierry MASURE

PARIS, 2 mars 2005 (AFP) - Le dirigeant socialiste Henri Emmanuelli est entré officiellement mercredi en campagne pour le non au référendum sur la Constitution européenne, un acte de rébellion que le premier secrétaire François Hollande a cherché à dédramatiser.

Ce geste d'indiscipline entache la crédibilité du discours officiel en vertu duquel le PS ne fait qu'une campagne, celle du oui.

Venant d'un mitterrandiste de toujours, ancien premier secrétaire, ex-ministre et ex-président de l'Assemblée nationale, il marque la persistance d'un trouble profond au PS sur la question européenne, en dépit de la large victoire du oui (près de 59%) au référendum interne en décembre 2004.

"Ce débat est une épreuve pour le PS", relève le député fabiusien Claude Bartolone.

Leader de Nouveau Monde (l'aile gauche du parti), M. Emmanuelli s'expose théoriquement à des sanctions mais le numéro 1 François Hollande les a implicitement exclues: s'il rappelle à l'indiscipliné le principe du respect du vote des militants, il compte sur lui pour "éviter toute confusion" avec la campagne du PS.

M. Emmanuelli s'était incliné après le verdict des urnes socialistes. Il considère aujourd'hui qu'il "ne peut plus garder le silence". Car au traité européen viennent s'ajouter les projets de directives européennes sur la libéralisation des services (dite "directive Bolkestein) et sur le temps de travail et les déclarations de commissaires européens sur les avantages des délocalisations.

"On veut obtenir de la gauche une sorte de feu vert pour cette orientation libérale", a-t-il dit lors d'une conférence de presse, en jugeant que la social-démocratie européenne commettait "une erreur historique" en se rangeant dans le camp du oui.

En outre, ce pourfendeur du "social-libéralisme" croit moins que jamais "à la possibilité, face aux embûches de M. Chirac, de faire vivre le oui de gauche" et de le distinguer du oui de la droite et du gouvernement coupable, à ses yeux, d'une "entreprise de démolition sociale".

Le député des Landes rejoint ainsi dans la désobéissance le sénateur Jean-Luc Mélenchon, l'autre dirigeant de Nouveau Monde (16,3% du parti). Mais les deux hommes, aux relations conflictuelles, ne feront pas de campagne commune.

L'action de M. Emmanuelli prendra la forme d'une "tournée des entreprises délocalisées", sans tracts ni affiches, a-t-il précisé.

Les partisans du oui minimisent la portée de l'événement. Il "mérite d'être tapé une journée mais pas plus", selon le secrétaire national Bruno Le Roux, proche de M. Hollande, qui ramène l'épisode à "une bataille pour un pré-carré - le gauchisme du PS - entre Mélenchon, Dolez (député du Nord, ndlr) et Emmanuelli".

De toute façon, les militants, pronostiquent-ils, jugeront d'autant plus sévèrement un tel manquement au respect du "verdict démocratique" interne que M. Emmanuelli avait précisément réclamé un vote de tous les socialistes sur le traité constitutionnel.

Confiant dans le vote des Français pour le oui, Julien Dray a prédit que "la sanction viendra des urnes".

L'initiative de M. Emmanuelli conforte en revanche le numéro 2 Laurent Fabius à rester, selon M. Bartolone, "sur un chemin de crête: pas d'autre campagne que celle du parti, mais pas question de taire nos convictions".

Quant au Nouveau Parti socialiste d'Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, sur la réserve après avoir opté pour le non dans le débat interne, il a dit "regretter", au nom de la discipline collective, l'engagement d'Henri Emmanuelli pour le non, tout en disant "respecter pleinement" son choix en raison de sa "sincérité de convictions".

 

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