Bolkestein - Dupont-Aignan

tribune de Nicolas Dupont-Aignan, Le Monde, 11/02/2005
Vous avez dit directive "Bolkestein" ?
Après avoir fait mine de découvrir le projet de directive services dite « Bolkestein », les partisans du oui à la constitution ont fait mine de sy opposer. Avec sa suspension temporaire (et non son retrait) opportunément décidée par la Commission de Bruxelles, il font désormais mine de crier victoire. Cela fait beaucoup de faux-semblants. Sans doute trop pour que les Français soient dupes dune aussi grossière mise en scène.
Le parti socialiste ignorerait-il donc que la directive « Bolkestein » pourrait tout aussi bien sappeler directive « Jospin », puisquelle a été commanditée par les chefs dEtats et de Gouvernements lors du sommet de Lisbonne (2000) ? Le PS, lUMP et lUDF ignoreraient-ils que la France na dores et déjà plus les moyens de sopposer individuellement à ce texte, puisque les traités quils ont signés placent la décision correspondante sous la règle de la majorité qualifiée ? Michel Barnier qui réclame une remise à plat du projet aurait-il oublié quil lui avait donné son feu vert lorsquil était Commissaire européen ? Renierait-il les déclarations de la délégation française à Bruxelles, il y a moins de deux mois : « Le principe du pays d'origine est un élément essentiel pour aller de l'avant, cet acquis politique doit être pris en compte au sein du Conseil. » ?
En vérité, les partisans du oui, très embarrassés par lirruption dans le débat référendaire dune directive qui montre le vrai visage de lEurope, cherchent à sexonérer de leur responsabilité, à faire croire quils peuvent encore sopposer à la directive et, surtout, à la dissocier de la constitution européenne.
Comme on les comprend ! En effet, ce projet de la Commission européenne, qui vise à libéraliser le commerce des services dans lUnion, ny va pas de main morte : sa doctrine, résumée par le fameux « principe du pays dorigine », consiste à permettre à des entreprises de lUnion européenne dintervenir dans nimporte quel Etat membre selon la réglementation en vigueur dans leur pays dattache. Ce projet, qui menace profondément lidéal et le projet de société républicains, représente quatre dangers majeurs.
Tout dabord, un dumping social massif qui risque de se traduire par une désertification économique accélérée de la France, au profit des pays moins-disants. Ensuite, cette directive menace collatéralement nos services publics (hors transport, eau et énergie) qui délivrent des prestations contre rémunération (y compris les services de santé et de culture). Troisièmement, elle provoquerait une insécurité juridique insoluble, obligeant les fonctionnaires français à connaître et à faire appliquer la réglementation de nos 24 partenaires. Enfin, elle tirerait inévitablement vers le bas les formations et diplômes français.
Elle est tout bonnement inacceptable et impossible à arrêter, la France sétant placée avec le traité de Nice dans une situation où il suffit à une majorité dEtats membres (cette majorité existe) pour limposer à lensemble de lUnion. Sauf si les Français rejettent la constitution européenne, ce qui provoquerait une crise salutaire et bloquerait les politiques européennes les plus insensées.
En fait, cet autre « télescopage » de calendrier (qui sajoute à celui de la Turquie) ne pouvait pas mieux tomber pour la clarté du débat référendaire. La directive services est le cas décole de ce que la construction européenne est déjà devenue et de ce quelle deviendra définitivement si la constitution est ratifiée ! En effet, la directive Bolkestein ne fait quanticiper deux dispositions phare du traité constitutionnel, les articles 137 et 144, qui interdisent toute restriction à la liberté détablissement et de prestation de services. Enfin, par son article 122, elle prévoit la définition de services publics au rabais par un vote à la majorité qualifiée, ce qui laissera sans défense nos services publics face aux empiètements de tous ordres de la directive services.
On entend souvent dire que la constitution rendrait lEurope plus efficace. Mais ce que les partisans du oui omettent de préciser, cest que cette efficacité serait surtout mise au service de politiques qui condamnent à mort notre modèle de société national et républicain.
Le dernier recours des Français contre la directive Bolkestein est évident : un non franc et massif à la constitution européenne.