conséquences d'un NON
Par Damien STEFFAN
LONDRES, 7 avr 2005 (AFP) - Un éventuel refus de la Constitution européenne par la France, même s'il suscite de plus en plus d'attention de la part des cambistes, n'aurait selon eux qu'un impact limité sur la devise européenne.
"Il y aura un impact psychologique sur le marché mais, formellement, cela ne changera rien", avance Simon Hayley, économiste à la banque Capital Economics, selon lequel l'impact d'un "non" serait dans un premier temps négatif.
"La conséquence la plus évidente ce serait le choc politique, qui amènerait les gens, et pas seulement les investisseurs, à se demander 'et maintenant'?", explique Simon Hayley.
La conséquence immédiate serait donc une incertitude accrue, facteur de déséquilibre sur le marché des changes.
"Cela poserait peut-être un problème de crédibilité des institutions", souligne Paul Mackel, économiste à la banque ABN Amro. "Mais comme on l'a vu avec le relâchement des critères du Pacte de stabilité, un problème de crédibilité n'a pas forcément d'impact".
La décision, le 22 mars, par les ministres des finances européenns d'assouplir les critères du pacte de stabilité, quoiqu'elle risque d'aboutir à un certain laxisme budgétaire, a ainsi eu un effet limité sur l'euro.
C'est en fait une déclaration de la Réserve fédérale américaine (Fed) sur les pressions inflationnistes aux Etats-Unis qui a servi le 23 mars de détonateur à un recul de la devise européenne.
Pour Simon Hayley, passée la réaction immédiate, une opposition des Français à la Constitution européenne ne devrait pas avoir des conséquences prolongées.
Selon l'économiste de Capital Economics, les cambistes ont deux mois pour se préparer à cette éventualité, en s'inspirant des sondages. Si un "non" était prévisible, la réaction serait anticipée par les marchés.
"Mais si le 'non' l'emporte, cela ne changera rien au fonctionnement des institutions financières. Ce sera un statu quo", poursuit l'économiste. "De ce point de vue on peut même dire que l'incertitude sera moindre si le non l'emporte, parce que rien ne changera".
La possibilité d'un "non" français est tout de même une nouveauté sur les tablettes des cambistes.
"De plus en plus d'investisseurs se penchent sur cette hypothèse, c'est un fait", avance Paul Mackel, économiste à la banque ABN Amro.
"Mais même si c'est une hypothèse qui commence à susciter des spéculations et des scénarios, il est difficile de dire qu'il en sera encore ainsi dans deux mois", nuance-t-il.
Pour cet économiste, un "non" français pourrait tout simplement être négligé.
"Il y a une lecture sélective des indicateurs", explique Paul Mackel. "Si le dollar est dans un bon cycle, le 'non' pourrait affecter l'euro à court terme. Mais si dans deux mois le dollar est dans un nouveau cycle de faiblesse, un 'non' pourrait être purement et simplement négligé".
En revanche, un "non" pourrait avoir des conséquences sur les devises des pays qui sont aux portes de l'UE , comme le lev bulgare et le leu roumain.
"La Bulgarie et la Roumanie pourraient être affectées, parce que les perspectives de nouvelles intégrations à l'UE ne seront pas examinées tant que la Constitution restera en plan", soulignait Simon Hayley.
En revanche, cet économiste, comme nombre de ses homologues, anticipe que la question fera l'objet de nombreux commentaires et conjectures dans les deux mois à venir, et n'exclut pas une exploitation "politique".
"On peut très bien concevoir que les partisans du 'oui' avanceront qu'un 'non' handicaperait l'euro. Quant à savoir si cette stratégie sera efficace, je n'en suis pas sûr", concluait Simon Hayley.