référendum - sondage agriculteurs
RENNES, 22 mars 2005 (AFP) - Près de 69% des agriculteurs français ayant arrêté leur choix ont l'intention de voter non au référendum du 29 mai sur la constitution européenne, et 31% seulement pour le oui, selon un sondage Ifop publié mardi par le quotidien Ouest-France.
Ce sondage fait toutefois apparaître que 42% des agriculteurs interrogés n'ont pas encore arrêté leur choix. 12% envisagent par ailleurs de s'abstenir, et 3% ne se prononcent pas.
Le sondage a été réalisé du 15 au 18 mars par téléphone selon la méthode des quotas auprès d'un échantillon représentatif de 616 personnes âgées de plus de 18 ans. Selon les statistiques officielles, les agriculteurs sont actuellement environ 600.000 en France, sur une population active de 26 millions de personne.
Le sondage fait apparaître que les partisans du non sont sensiblement plus nombreux chez les hommes, les moins de 50 ans, les électeurs de droite et les propriétaires d'exploitations moyennes (20 à 100 hectares). Ils recrutent leurs gros bataillons chez les céréaliers (86%), les viticulteurs (84%), les producteurs de viande (90%) et les éleveurs de porcins et volailles (87%).
Le même sondage fait apparaître que 63% des agriculteurs se déclarent plutôt pessimistes sur la situation générale de leur exploitation, contre 36% plutôt optimistes.
Deux sondages publiés la semaine dernière par les instituts Ipsos et CSA ont donné pour la première fois le non majoritaire sur l'ensemble de la population française, avec respectivement 52 et 51% des voix.
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Par Daniel ARONSSOHN
RENNES, 22 mars 2005 (AFP) - Les agriculteurs français, dont près de 69% voteraient non au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne selon un sondage, veulent avant tout dire non à une Europe "ultra-libérale", estiment des exploitants et responsables agricoles interrogés mardi par l'AFP.
"Je voterai non contre l'ultra-libéralisme vers lequel la Constitution nous entraîne", indique Patrick Thomas, producteur de lait dans les Côtes d'Armor.
"Je pense voter non, mais ce n'est pas un refus de l'Europe", affirme aussi Bernard Morel, producteur de lait en Ille-et-Vilaine. Selon lui, une victoire du non permettrait de réorienter les politiques de l'Union européenne dans un sens plus social.
"On souhaite une Europe qui assure un minimum de revenu au travail. Depuis une dizaine d'années, on va dans le sens d'une mondialisation des échanges sans règle, alors qu'on nous demande de produire en respectant des conditions d'environnement et de sécurité alimentaire qui ne sont pas observées ailleurs", explique-t-il. "Les gens ont envie de pousser un coup de gueule. C'est vrai qu'on répond pas forcément à la question, mais on en profite".
Il refuse pourtant de passer pour un anti-européen ingrat alors qu'il a profité des subventions agricoles de l'UE . "C'est vrai qu'on a bénéficié des aides européennes. Mais on est en train de remettre en cause la PAC (politique agricole commune) pour quasiment la supprimer", déplore-t-il.
Selon un sondage Ifop publié mardi par le quotidien Ouest-France, 69% des agriculteurs français ayant arrêté leur choix ont l'intention de voter non au référendum du 29 mai, et 31% pensent voter oui. Cependant, 42% n'ont pas encore fait leur choix.
Pour la première fois depuis la semaine dernière, le non est par ailleurs donné gagnant par deux sondages Ipsos et CSA sur l'ensemble de la population française.
"Le sondage est fidèle à l'ambiance dans les campagnes", a estimé le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer, interrogé mardi dans le journal de France 3 Ouest. Soulignant qu'il votera oui à titre personnel mais que la FNSEA ne donnera pas de consigne de vote, il estime que les agriculteurs sont déboussolés par les différentes réformes qui touchent leur secteur.
Loïc Conan, producteur de tomates dans les Côtes d'Armor, penche pour le non dont il espère que la progression dans les sondages suscitera un électrochoc chez les dirigeants du pays. "On espère qu'il va y avoir une réflexion au niveau de l'Etat, qu'ils vont un peu se remettre en question", indique-t-il. "Je dirais oui à une Europe sociale et équitable, mais actuellement on ne sent pas qu'on va dans ce sens là".
Il dénonce aussi le fait que "les réglementations sanitaires sont nationales et pas européennes", ce qui permet aux Polonais, dont les coûts de main d'oeuvre sont déjà près de dix fois inférieurs aux coûts français, "d'utiliser des pesticides interdits chez nous tout en ayant le droit d'exporter leurs produits vers la France".
Gilles Lucas, producteur de porcs dans les Côtes d'Armor, se dit lui favorable à la Constitution européenne, car "sans l'Europe, les prix agricoles auraient chuté plus vite". Mais il comprend le désarroi de ses collègues: "La nouvelle PAC arrive et on ne voit pas trop ce que ça va donner, d'où des inquiétudes".
"Ce sondage ne me surprend pas", a indiqué à l'AFP le président de la Chambre régionale d'agriculture de Bretagne, Jean Salmon. Selon lui, "les agriculteurs ne répondent pas à la question posée mais expriment un ras-le-bol par rapport à de nombreuses tracasseries" communautaires.