PS - Emmanuelli

Publié le par France Républicaine

PARIS, 12 mars 2005 (AFP) - Henri Emmanuelli, député socialiste des Landes et avocat du non au référendum sur la Constitution européenne, a "regretté" samedi ses déclarations où il faisait un parallèle entre les socialistes favorables au oui et ceux qui avaient "voté les pleins pouvoirs à Laval en 1940".

M. Emmanuelli, animateur de la minorité Nouveau Monde du Parti socialiste, a déclaré à l'AFP qu'il avait "compris qu'on puisse être légitimement choqué".

Interrogé vendredi au micro de France Bleue-Landes, en réaction à des propos du député PS des Landes Alain Vidalies selon lequel il y a des "lignes à ne pas franchir, même quand on était partisan du non", Henri Emmanuelli avait déclaré: "quand, en conscience, on croit devoir défendre une cause parce qu'elle est juste, il n'y a pas de lignes infranchissables".

"Il y avait une majorité de socialistes pour envoyer le contingent en Algérie, ce n'est pas pour ça que c'était une bonne chose. Il y avait une majorité de socialistes pour voter en 1940 les pleins pouvoirs à Laval, ceux qui ont résisté sont passés à la postérité et ceux qui l'ont fait ont fini dans l'opprobre", avait-il ajouté.

Donc, "+ligne infranchissable+, ça dépend des moments et des causes. Et là, je considère qu'on est face à un événement majeur qui va engager l'orientation politique de l'Europe pour 30, 40 ou 50 ans, je constate que les arguments qu'on développe sont souvent mensongers; la ligne infranchissable c'est celle du mensonge, c'est pas celle de l'action", avait-il dit.

"Pour illustrer le fait qu'un parti n'est pas infaillible, j'ai cité deux exemples historiques dont le caractère dramatique peut légitimement choquer", a reconnu samedi M. Emmanuelli.

"Je le regrette", a-t-il ajouté à l'AFP, "mais je ne suis pas dupe non plus". "Je vois bien qu'on préfèrerait discuter de ce genre de choses que du traité européen", a-t-il déclaré.

"Je lui demande de revenir à la raison", a lancé Julien Dray, porte-parole du PS, samedi dans les colonnes du Parisien/Aujourd'hui, en l'accusant de "dire n'importe quoi". "Moi, je ne considère pas que, parce qu'il mène campagne pour le non, il soit un traître ou un ami de Philippe de Villiers", a ajouté Julien Dray.

 

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PARIS, 12 mars 2005 (AFP) - Henri Emmanuelli, pour étayer ses arguments en faveur du non au référendum, a mis en avant "deux exemples historiques" montrant que le PS n'est "pas infaillible": le 10 juillet 1940, lorsque de nombreux parlementaires socialistes ont voté les pleins pouvoirs à Pétain et en 1956 lorqu'ils ont accordé des "pouvoirs spéciaux" au gouvernement pour l'Algérie.

Le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain a eu lieu le 10 juillet 1940 à Vichy par un Parlement élu en 1936 sous les couleurs du Front Populaire. C'est la fin de la IIIe République et le début de ce qu'on appelle le "régime de Vichy".

Sur les 669 députés et sénateurs présents, 569 votent "pour" les pleins pouvoirs (la droite, la majorité des socialistes et des radicaux), 20 s'abstiennent et 80 votent contre (parmi eux 36 socialistes et 13 radicaux). Bien qu'ayant joué un rôle capital dans ce vote, Pierre Laval, vice-président du conseil, est écarté du pouvoir par Pétain six mois plus tard.

La "loi constitutionnelle du 10 juillet 1940" stipule que "l'Assemblée donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain (...) de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l'Etat français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie".

Pétain dispose ainsi de la force armée et du pouvoir de légiférer par simple décret. Les fonctionnaires doivent jurer fidélité au maréchal. Les Chambres composant le Parlement ne sont plus réunies et remplacées par un Conseil national dont le rôle est purement consultatif.

M. Emmanuelli a par ailleurs évoqué le vote par les socialistes d'une loi accordant des "pouvoirs spéciaux" en Algérie au gouvernement du socialiste Guy Mollet.

Ce texte a été adopté par l'Assemblée nationale le 12 mars 1956 par 455 voix contre 76, au terme d'un débat de trois jours. Quatre-vingt-six socialistes sur 97 ont voté pour. Dix députés socialistes n'ont pas pris part au vote, de même que le président socialiste de l'Assemblée.

La loi stipule notamment que "le gouvernement disposera, en Algérie, des pouvoirs les plus étendus pour prendre toute mesure exceptionnelle commandée par les circonstances en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire".

Le vote de ce texte marque un tournant dans la guerre d'Algérie. En mars et avril, des décrets permettent une action militaire renforcée et l'envoi des appelés en Algérie. En juillet 1956, les forces armées en Algérie compteront 400.000 hommes, contre 200.000 en janvier.

Samedi, Henri Emmanuelli a déclaré à l'AFP qu'il regrettait d'avoir fait ces parallèles historiques vendredi, sur France Bleu Gascogne.

 

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