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Publié le par France Républicaine

Par Rébecca FRASQUET

PARIS, 4 fév 2005 (AFP) - Le débat sur le référendum consacré à la Constitution européenne ouvre une crise sans précédent au sein de la CGT, premier syndicat français, où la stratégie et les ambitions modernistes de son numéro un, Bernard Thibault, essuient un revers majeur.

Le Comité confédéral national (CCN) de la CGT, parlement du syndicat composé de tous ses responsables départementaux et de branches professionnelles, réuni pour définir sa position sur le projet de traité de Constitution européenne, a voté mercredi soir à 82% (81 voix pour, 18 contre, 17 abstentions) "le rejet" du texte.

Il a ainsi infligé un sévère désaveu à son secrétaire général, Bernard Thibault, lequel souhaitait que la CGT garde ses distances avec des enjeux plus politiques que syndicaux, en ne formulant pas de consigne de vote.

M. Thibault a immédiatement réagi en contestant une démarche ayant mis selon lui "en évidence de graves carences de démocratie interne".

Un argument "inédit dans la bouche d'un secrétaire général", observe Dominique Andolfatto, chercheur en sciences politiques et spécialiste du monde syndical, qui explique: "il scie la branche sur laquelle il est assis", dans la mesure où "lui-même et tout le bureau confédéral sont élus par le CCN, et non par la base, les militants".

"Si le CCN n'est pas démocratique, lui ne l'est pas non plus !", fait valoir M. Andolfatto.

En prenant la parole pendant un débat particulièrement houleux, qui s'est poursuivi tard dans la soirée de mercredi, M. Thibault a plaidé pour que la "liberté de vote" soit laissée aux syndiqués, et estimé que le "non" émanait, au sein de la CGT, de "militants engagés au plan politique", cherchant à "faire labelliser" leurs convictions personnelles par le syndicat.

Un message transparent visant notamment bon nombre de cadres communistes, voire de la gauche socialiste engagés pour la victoire du non au référendum, alors que la direction de la CGT s'est affranchie il y a peu de sa longue sujétion vis-à-vis du PCF.

En adhérant à la Confédération européenne des syndicats en 1999, le syndicat a aussi rompu avec des décennies d'hostilité à la construction européenne, un engagement que la direction estime aujourd'hui brouillé.

La secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, a immédiatement qualifié ce non de "formidable", avant d'adopter un ton plus prudent. Ces dernières semaines, le PCF comme le Parti socialiste avaient tenté de rallier la CGT, l'un à son opposition, l'autre à son soutien au traité.

"Thibault est un sphinx qui ne dévoile jamais clairement ses intentions, ne fixe pas de ligne claire, et il gère la CGT avec des communistes orthodoxes et des gens très ouverts sur l'Europe: ce grand écart ne peut pas durer éternellement", estime Dominique Andolfatto.

Toutefois, l'hostilité au projet de traité au sein de la CGT ces derniers mois débordait largement les rangs des fédérations les plus radicales (verre, agroalimentaire, chimie...).

De fait le projet de texte soumis au CCN mercredi par la direction confédérale elle-même avait souligné qu'une "majorité de militants" s'était prononcée contre le traité. Une tribune ouvertement favorable au traité publiée dans la presse par Joël Decaillon, secrétaire de la CES et ancien responsable confédéral, avait d'ailleurs provoqué de fortes crispations en interne.

Mardi, la commission exécutive devrait tirer les conséquences de cette crise, en examinant de "nouvelles méthodes de travail", a affirmé la secrétaire confédérale, Maryse Dumas.

 

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