André Bellon

Publié le par Laurent Pelvey

Et maintenant ?

 

À moins de trois semaines du vote, quelques enseignements peuvent être tirés et quelques pistes tracées sur l’avenir.

J’avais, comme d’autres, déclaré dés le début que la question fondamentale me paraissait être celle de la démocratie ; les évènements et les attitudes des responsables politiques du oui ne font malheureusement que renforcer cette conviction (monopolisation des medias, mensonges, approximations, mépris des arguments non-conformes...).

Mais si dénoncer tout cela est nécessaire, il convient de comprendre qu’il ne s’agit que de la conséquence d’un système dont l’objectif profond est la destruction de la démocratie. Dés l’origine d’ailleurs, les « pères fondateurs de l’Europe » avaient marqué leur réticence vis-à-vis de l’expression populaire. Il serait naïf aujourd’hui de penser qu’on peut redonner vie démocratique à ce projet sans un retour sur ses fondements.

La nouveauté que représente le traité constitutionnel est que, contrairement aux précédents, il rassemble l’ensemble du projet politique dont on ne nous avait donné jusqu’alors que des morceaux. Le puzzle apparaît alors clairement. Le discours sur la démocratie n’est qu’un pitoyable discours d’accompagnent ; l’essentiel est que la politique au sens profond, dans le cadre de ce traité, échapperait par définition aux citoyens, qu’elle serait définie hors de tout contrôle par des cercles d’intérêts de nature quasi transcendantale et présentée aux citoyens comme légitime au prétexte de contraintes insurmontables, de mondialisation, de lois économiques...

Rappelons que l’article 21-3 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme déclare que « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». Cette volonté s’exprime par le suffrage universel dont le rôle est irremplaçable. A l’inverse, le fameux droit de pétition prévu à l’article 1-47-3 du traité s’apparente plus aux suppliques que les sujets pouvaient autrefois adresser au roi. Le traitement qui a été réservé aux citoyens au cours de la campagne référendaire campagne est d’ailleurs révélateur de la dégradation de la démocratie : infantilisation (c’est ça ou rien), assujettissement (soyez responsable et cessez d’être démagogique), admonestation (soyez européen, comme on disait soyez un bon français lors des guerres).

Réaffirmer la démocratie constitue, dans ce contexte, un geste quasi révolutionnaire. Il ne s’agit pas de savoir si on est ou non européen ; ce « dilemme » n’est un piège pour nous contraindre à accepter ce que nous ne voulons pas. Il s’agit, en revanche, d’inverser les termes du débat : d’abord affirmer la souveraineté des citoyens et des peuples ; ensuite savoir si la construction européenne accepte de se fonder sur ces principes.

Quel que soit le résultat du référendum du 29 Mai, une ligne de fracture est apparue dont on doit tirer les conséquences sous peine de se contredire :

1. Dans la redéfinition d’un projet européen : il doit avant tout répondre à cette exigence démocratique.

2. Dans la vie politique : certains démocrates sont de droite, d’autres de gauche ; personnellement, je suis de gauche ; mais je n’accepte plus qu’on me demande, à ce titre, une solidarité électorale avec ceux pour qui cette étiquette n’engage pas sur ces principes fondamentaux. Doit-on être, aux prochaines élections, solidaires de ceux qui auront fait campagne pour le oui, c'est-à-dire pour un traité antidémocratique ?

Autant de questions qui sont aujourd’hui ouvertes et que je verse au débat qui se développe entre nous.

 

André Bellon

 

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Publié dans Appels

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