Et maintenant ?
À moins de trois semaines du vote, quelques enseignements peuvent être tirés et quelques pistes tracées sur lavenir.
Javais, comme dautres, déclaré dés le début que la question fondamentale me paraissait être celle de la démocratie ; les évènements et les attitudes des responsables politiques du oui ne font malheureusement que renforcer cette conviction (monopolisation des medias, mensonges, approximations, mépris des arguments non-conformes...).
Mais si dénoncer tout cela est nécessaire, il convient de comprendre quil ne sagit que de la conséquence dun système dont lobjectif profond est la destruction de la démocratie. Dés lorigine dailleurs, les « pères fondateurs de lEurope » avaient marqué leur réticence vis-à-vis de lexpression populaire. Il serait naïf aujourdhui de penser quon peut redonner vie démocratique à ce projet sans un retour sur ses fondements.
La nouveauté que représente le traité constitutionnel est que, contrairement aux précédents, il rassemble lensemble du projet politique dont on ne nous avait donné jusqualors que des morceaux. Le puzzle apparaît alors clairement. Le discours sur la démocratie nest quun pitoyable discours daccompagnent ; lessentiel est que la politique au sens profond, dans le cadre de ce traité, échapperait par définition aux citoyens, quelle serait définie hors de tout contrôle par des cercles dintérêts de nature quasi transcendantale et présentée aux citoyens comme légitime au prétexte de contraintes insurmontables, de mondialisation, de lois économiques...
Rappelons que larticle 21-3 de la déclaration universelle des Droits de lHomme déclare que « La volonté du peuple est le fondement de lautorité des pouvoirs publics ». Cette volonté sexprime par le suffrage universel dont le rôle est irremplaçable. A linverse, le fameux droit de pétition prévu à larticle 1-47-3 du traité sapparente plus aux suppliques que les sujets pouvaient autrefois adresser au roi. Le traitement qui a été réservé aux citoyens au cours de la campagne référendaire campagne est dailleurs révélateur de la dégradation de la démocratie : infantilisation (cest ça ou rien), assujettissement (soyez responsable et cessez dêtre démagogique), admonestation (soyez européen, comme on disait soyez un bon français lors des guerres).
Réaffirmer la démocratie constitue, dans ce contexte, un geste quasi révolutionnaire. Il ne sagit pas de savoir si on est ou non européen ; ce « dilemme » nest un piège pour nous contraindre à accepter ce que nous ne voulons pas. Il sagit, en revanche, dinverser les termes du débat : dabord affirmer la souveraineté des citoyens et des peuples ; ensuite savoir si la construction européenne accepte de se fonder sur ces principes.
Quel que soit le résultat du référendum du 29 Mai, une ligne de fracture est apparue dont on doit tirer les conséquences sous peine de se contredire :
1. Dans la redéfinition dun projet européen : il doit avant tout répondre à cette exigence démocratique.
2. Dans la vie politique : certains démocrates sont de droite, dautres de gauche ; personnellement, je suis de gauche ; mais je naccepte plus quon me demande, à ce titre, une solidarité électorale avec ceux pour qui cette étiquette nengage pas sur ces principes fondamentaux. Doit-on être, aux prochaines élections, solidaires de ceux qui auront fait campagne pour le oui, c'est-à-dire pour un traité antidémocratique ?
Autant de questions qui sont aujourdhui ouvertes et que je verse au débat qui se développe entre nous.
André Bellon



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