UDF - Lagarde

Publié le par France Républicaine

entretien Jean-Christophe Lagarde (UDF), Libération, 20/01/2005

 

NON au traité, pour plus d'Europe

 

Jan-Christophe Lagarde, 37 ans, député-maire de Drancy (Seine-Saint-Denis), ne digère pas l'ouverture des négociations d'adhésion à l'UE avec la Turquie. Prenant le contre-pied de François Bayrou, il est le premier responsable de l'UDF à s'engager en faveur du non à la Constitution européenne et en appelle à "une crise salutaire pour remettre l'Europe sur les rails".

 

Pourquoi voter non au traité, alors que Bayrou est pour le oui ?

On nous demande de nous prononcer sur les règles de vie dans la maison européenne, sur la façon dont on va placer les meubles, mais sans nous dire où s'arrêtent les murs et à combien nous allons vivre dedans. La Constitution n'est pas parfaite, mais elle est en soi acceptable. Jacques Chirac a pris une très lourde responsabilité en ouvrant les négociations avec la Turquie et, surtout, en rejetant toute possibilité d'aboutir à un «partenariat privilégié» avec elle. Le non à la Constitution est le seul moyen d'obliger le chef de l'Etat à retourner devant ses pairs afin de purger la question turque.

 

Car, pour vous, la Turquie n'est pas européenne...

Que tout soit bien clair : je me fiche que la Turquie soit musulmane, je ne crains aucune invasion. Mais il faut bien se poser la question des frontières de l'Europe. Si la Turquie entre dans l'UE, pourquoi pas le Maroc ? Je note d'ailleurs que Valéry Giscard d'Estaing, auteur de la Constitution européenne, est lui-même contre cet élargissement. En revanche, les Etats-Unis y sont très favorables. On se dirige vers une Europe qui n'aura plus rien de politique et qui sera une simple zone de libre-échange.

 

Vous assumez donc la rupture avec la position traditionnelle de l'UDF ?

On voulait se marier avec Cendrillon et on s'apprête à nous refiler une de ses soeurs ! Les membres et les électeurs de l'UDF n'ont pas vocation à se comporter comme des «cabris», aurait dit le général de Gaulle, en approuvant tout ce qui porte l'étiquette Europe. Beaucoup de gens autour de moi abordent d'ailleurs le référendum avec un oui de résignation. Je lui préfère un non de résistance.

 

Ferez-vous campagne pour le non ?

J'y réfléchis. Je sais que l'adhésion annoncée d'Ankara fait réfléchir beaucoup de sympathisants de l'UDF. Ils sentent bien que le référendum sur la Turquie promis par Chirac dans dix ou quinze ans est un leurre. S'il y a un non à formuler, c'est maintenant. Car, dans quinze ans, on n'aura plus le droit de le dire. Et s'il faut en passer par une crise salutaire pour remettre l'Europe politique sur les rails, j'assume. Même s'il n'est pas simple de faire comprendre que je dis non à la Constitution, parce que je veux plus d'Europe.

 

Propos recueillis par Thomas Lebègue

 

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