PS - Mélenchon

Publié le par France Républicaine

entretien Jean-Luc Mélenchon (PS), Libération, 10/01/2005

 

Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste de l'Essonne et ancien ministre de Lionel Jospin, n'a pas l'intention de garder son non dans sa poche. Il a voté contre le traité constitutionnel européen lors de la consultation des militants socialistes, le 1er décembre 2004. Bafouant l'appel à la discipline lancé aux socialistes partisans du non par le premier secrétaire du PS, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon n'entend pas se faire discret pendant la campagne du référendum promis par Jacques Chirac «avant l'été». Il mènera une vigoureuse campagne en faveur du non. Rencontre.

 

Vous avez un slogan : «Pour moi, c'est non.» Vous préparez des badges, vous prévoyez d'organiser des meetings... Malgré l'ampleur de la victoire du oui au sein du PS (59 %), vous ne désarmez pas ?

Comment pourrais-je me taire ? Le silence est impossible quand on croit à la justesse d'une cause. Surtout quand elle implique l'avenir de la France et de l'Europe pour cinquante ans, paraît-il ! Je souhaite la victoire du non pour obliger à la renégociation du traité constitutionnel européen. C'est donc un devoir civique d'exprimer son point de vue et d'agir. Le non de gauche, socialiste et européen est décisif. Il peut faire le résultat. Qui peut l'incarner sinon des socialistes ? Faute de parti, je serai donc de parti pris.

 

Pourquoi ne pas quitter le PS ?

Qui oserait me demander de quitter le PS ? C'est ma vie depuis vingt-sept ans. Les bons et les mauvais jours. Je ne suis pas en rupture. Mais ce n'est pas possible de se mettre en congé de la politique. Entre la loyauté envers mon parti et celle à l'égard de l'idée que j'ai de mon pays, je trace un chemin. La solution évidente : s'exprimer individuellement. D'ailleurs, c'est cohérent avec la logique politique d'un référendum. Je vais mener une campagne individuelle et citoyenne. Que tous ceux qui prônent le non fassent comme moi.

 

Dès lors, votre démarche ne sera plus «individuelle»...

Tant mieux. De toute façon, il s'agit moins de créer des comités de convaincus que d'éduquer autour de soi. C'est une responsabilité individuelle. Chacun des 40 000 socialistes qui s'est prononcé contre le traité doit être un instituteur du non. Car l'opinion des Français n'est pas faite. Et le plus grand adversaire lors du référendum national sera l'abstention. Les partisans du oui comptent d'ailleurs dessus. Le second, ce sera l'intimidation, avec l'argument de l'isolement en Europe ou celui des mauvaises fréquentations (Villiers, Le Pen...). Enfin, il faudra lutter contre l'ignorance. Car les gens ne connaissent pas le texte. Les Français ne doivent pas se prononcer sur la bonne mine des leaders qui recommandent de dire oui.

 

En enfreignant la discipline collective du PS, craignez-vous de subir des sanctions ?

François Hollande est dans son rôle quand il déclare que les socialistes se sont prononcés. Mais je rappelle que François Mitterrand ne m'a pas exclu quand j'ai voté non à la guerre du Golfe. Ni Lionel Jospin quand j'ai voté contre le traité d'Amsterdam. Il m'a même nommé ministre plus tard. Le style «scrogneugneu», ce n'est pas le genre du PS.

 

Avez-vous parlé de votre initiative avec Henri Emmanuelli, fondateur avec vous du courant Nouveau Monde ?

Non. Je ne veux pas le mettre au pied du mur. La position de chacun évolue à son rythme. Je ne cherche ni récupération ni racolage.

 

Souhaitez-vous que Fabius vous rejoigne ?

Je lui recommande de s'exprimer. Son engagement est important. Il peut faire la décision. Laurent Fabius est une personnalité qui compte pour beaucoup de gens dans le pays . Les socialistes sont un peu nombrilistes. Tout serait fini parce que nous avons voté entre nous . Mais non ! La vraie campagne commence maintenant !

 

N'êtes-vous pas en train de faire comme si la victoire du oui lors du référendum militant n'avait pas été massive ?

Non. Il y a effectivement une majorité socialiste pour trouver ce texte bon et vouloir mettre le PS au diapason de la social-démocratie européenne. Ce serait une rupture avec notre histoire. Et au pire moment : la social-démocratie européenne est en pleine impasse stratégique ! Même si électoralement elle reste parfois très forte, il n'y a pas un pays où elle sait dire comment résister à la déferlante libérale et proposer une transformation socialiste de la société. Pour autant, nous, les acteurs du non, nous avons commis de lourdes erreurs pendant notre campagne interne au PS. Nous sommes tombés dans le piège de la cartellisation et de la personnalisation. Il ne faut pas refaire cette erreur pour le référendum ! A présent, l'exigence, c'est moins de se distinguer que de se rassembler pour entraîner.

 

Jusqu'au PCF et à l'extrême gauche ?

Où est le problème, tant qu'ils n'en profitent pas pour faire le procès du PS ?

 

Que voterez-vous lors du Congrès qui se réunira pour adopter la réforme constitutionnelle nécessaire à l'adoption du traité européen ?

Pour moi, c'est non ! Mais si les parlementaires socialistes partisans du non s'accordent tous pour l'abstention, pourquoi pas ? Ça revient au même. Et ça dynamisera le non socialiste sur le terrain.

 

Propos recueillis par Paul Quinio

 

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article