PS - Vauzelle

Publié le par France Républicaine

tribune Michel Vauzelle, La Provence, 23/05/2005

 

Le peuple doit garder la parole

 

Depuis le vote du Parti socialiste en faveur du "oui", j'ai respecté la discipline démocratique de mon parti. En bon militant je n'ai donc fait aucune campagne pour le "non". Mais, bien enten­du, je serai fidèle, en tant que ci­toyen libre, à mes idéaux et à mes convictions. Je voterai donc "non".

Aujourd'hui, c'est en tant que président de Région que j'ai le devoir de sortir de mon silence. Depuis plusieurs années, les Français, et singulièrement les jeunes, disent, de plus en plus nombreux ne plus faire confian­ce aux "politiques" ni à la politi­que.

Hélas, l'abstention et le vote pour les extrêmes rendent la dé­mocratie chaque jour plus fragi­le.

Traité ces jours derniers de "peureux" et de "paresseux" par ceux que Monsieur Raffarin ap­pelle la "France d'en haut", no­tre peuple n'est ni peureux, ni paresseux.

Notre peuple reste porteur d'un rêve qui fonde son identité culturelle, sa liberté, sa fierté "l'idéal républicain" qui est l'image de la France qu'aime le monde depuis 1789.

Notre peuple veut croire encore à "une autre France possible" où tous les Français, riches comme pauvres, seraient égaux en droit. Notre peuple veut croire encore à une France qui n'aban­donnerait aucun dé ses enfants, même le plus démuni.

Dans une France où l'injustice sociale reste scandaleuse, les Français ont le sentiment qu'on prépare leur pays, et l'Europe, à plus d'injustice encore.

"En tant que citoyen libre, je serai fidèle à mes idéaux et à mes convictions, je voterai non"

Les services publics sont en voie de privatisation. Les "usa­gers" laissent la place aux  "clients" et les "clients" les plus riches seront tout naturelle­ment les seuls bien servis. De plus, la soi-disant "élite" de la France pousse le peuple à aban­donner des "vieilleries" comme la Sécurité sociale pour accep­ter la "modernité" de la loi de la jungle financière mondialisée. De riches experts nous expli­quent que l'application des prin­cipes républicains ne rapporte rien et coûte cher, que la solida­rité freine malheureusement le développement de la richesse pour les riches.

Dans ces conditions, si l'on veut avoir en France encore moins de chômage qu'aux Etats-Unis ou en Angleterre, pourquoi ne pas supprimer la Sécurité socia­le et le salaire minimum ? Pour­quoi chacun ne donnerait-il pas, en plus de la Pentecôte, le jour de Noël pour les personnes han­dicapées et le jour de Pâques pour les enfants abandonnés ? Quant à la lutte contre le can­cer, on pourrait créer un autre Téléthon, ce qui rapporterait de l'argent pour les hôpitaux et de la publicité pour certains.

La victoire de l'argent sur la mo­rale et de la publicité sur la dé­mocratie n'est pourtant pas défi­nitive.

L'argent et une certaine télévi­sion ont gagné une bataille, pas la guerre.

Le 26 août 1789, les élus du peuple Français ont voté "le droit de résistance à l'oppres­sion". C'est l'article II de la Dé­claration des droits de l'Homme et du Citoyen. Cet article est toujours en vigueur dans la Constitution - en tout cas dans la Constitution française tant qu'elle n'est pas modifiée sur ce point par les traités européens. En 1789, il s'agissait de résister au roi et aux aristocrates. Plus tard, il fallut résister aux régi­mes totalitaires.

Aujourd'hui, il s'agit de résister à la souveraineté, du pouvoir de l'argent et de la publicité.

Face à un tel défi, la Républi­que a besoin de tous ses parti­sans. Mais c'est à la gauche d'être à la pointe du combat dans cette nouvelle Résistance. Face à le Pen et à Sarkozy, bat­tus en 2004, il faut rassembler la nouvelle gauche, celle du XXIe siècle, avec les forces syn­dicales, le mouvement social, les associations et tous ceux qui refusent avec l'évolution des moeurs sociales de se regrouper. Des centaines de milliers de ci­toyens veulent désormais rester libres de tout engagement parti­san. Pour autant, ils doivent être rassemblés dans la lutte : les jeu­nes, "les déçus du socialisme", les altermondialistes, les écolo­gistes, les chômeurs, "les déloca­lisés", les "délocalisables", les ouvriers, les employés, les ca­dres, les agriculteurs, les chefs de PME, les fonctionnaires, les militants des services publics de l'Education nationale (une et in­divisible), de la Santé publique (pour tous), de La Poste (pour tous), de la SNCF (pour tous), du Logement (même pour ceux qui ne sont pas millionnaires).

"La France d'en haut" a donné la parole au peuple le 29 mai. Il faut absolument que le peuple garde la parole après le 29 mai. Le rassemblement est possible. La gauche qui votera "oui" aura voté "oui" à l'Europe. Mais tou­te la gauche est pour l'Europe. La gauche qui votera "non" aura voté "non" à la loi de l'ar­gent. Mais toute la gauche est contre la souveraineté de l'ar­gent et pour le retour de la sou­veraineté populaire.

Quel que soit le résultat du réfé­rendum, il faut donc rassembler les deux gauches. Aucun règle­ment de compte ne doit être to­léré au soir du 29 mai.

Le peuple doit garder la parole. Fort des structures de terrain et de proximité de la démocratie participative, il doit faire enten­dre sa voix.

Dès le soir du 29 mai, la résis­tance doit s'organiser. La victoi­re de la gauche et de l'espoir en 2007 est possible, comme en 2004.

 

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