délocalisations

Publié le par France Républicaine

Par Rébecca FRASQUET

PARIS, 24 mai 2005 (AFP) - L'approche du référendum sur le traité européen a donné un coup de projecteur sur les pratiques de certains employeurs qui font jouer à fond la concurrence en matière de main d'oeuvre, nourrissant les inquiétudes de salariés déjà confrontés au dumping social.

Avant même le projet controversé de libéralisation des services contenu dans la directive Bolkestein, des entreprises ont mis en concurrence les salariés au sein de l'Europe. Elles utilisent une directive européenne de décembre 1996 leur permettant d'employer en "détachement" pendant deux ans une partie de leur main d'oeuvre sous contrats du pays d'origine.

Des affaires de ce type ont éclaté régulièrement ces derniers mois, dans le bâtiment, l'agriculture, le transport routier, où des salariés français étaient mis en concurrence avec des employés polonais, portugais ou roumains, aux salaires bien inférieurs.

Il y a quelques mois, des ouvriers turcs avaient touché 75 euros après six journées de travail de 12 heures, sur le chantier Bouygues-Bâtiment du siège du journal Le Monde à Paris.

L'entreprise Constructel, filiale française du portugais Vasabeira, a payé 1.300 euros par mois, pour 70 heures de travail par semaine, des employés portugais sur des chantiers de France Télécom, selon des sources syndicales, confirmées par un témoignage recueilli par l'AFP.

Dumping social aussi lorsque des entreprises, telles Lycos ou Sem Suhner, une PME alsacienne, proposent à leurs salariés des reclassements en Arménie ou en Roumanie, à des salaires dérisoires.

D'autres, telles que Bosch ou Siemens, ont menacé de délocaliser en Europe de l'Est pour arracher une baisse des salaires et une hausse du temps de travail à leurs salariés.

"une menace"

Dans les transports routiers, le patronat français se sent aussi menacé. Depuis lundi, il affiche au dos de ses camions : "Oui ou non, mais je veux survivre" pour attirer l'attention sur la chute du pavillon français en Europe, handicapé par des coûts sociaux et fiscaux supérieurs aux autres pays.

Soucieux de mettre fin aux "pratiques abusives" dans ce secteur de plus de 400.000 salariés en France, le gouvernement a promis mardi de légiférer pour "garantir des conditions de concurrence loyales et équitables".

Signe de l'impact de ces pratiques sur le référendum, une cinquantaine de salariés victimes de plans sociaux ou menacés de l'être, des sociétés Sediver, Snecma, Norbert Dentressangle, STMicroelectronics ou Lu-Danone ont appelé à voter "non" au référendum.

Réunis devant l'usine de biscuits LU-Danone de Ris-Orangis, fermée en 2003, ils se sont "invités dans la campagne", après avoir "pris conscience des dégâts causés par les politiques libérales" inscrites, selon Farid Djitli (CGT), dans le traité.

Pour ces salariés, les conséquences de la +concurrence libre et non faussée+ inscrite dans le traité, sont une réalité concrète, rapportent les syndicats.

Selon Michel Lamy (CFE-CGC, cadres), "européen convaincu"... qui votera +non+, ces craintes reflètent un "divorce croissant entre les entreprises", dont les bénéfices explosent, et "leurs salariés, qui n'en profitent pas: il est "normal qu'ils considèrent que l'Europe se fait contre eux".

De fait, alors que l'issue du scrutin est incertaine, plus d'un salarié sur deux (55%) voit dans l'Europe "plutôt une menace" pour ses droits sociaux, selon un sondage BVA publié par l'Express.

A l'inverse, pour François Chérèque (CFDT), qui plaide pour le +oui+, cet "amalgame" est un "vrai problème franco-français", lié à la "confusion entre les effets de la mondialisation, et ceux de l'Europe". Selon lui, "le vrai débat, c'est +comment on construit une Europe plus forte face à la mondialisation ?+".

 

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