NON de gauche

Publié le par France Républicaine

Par Thierry MASURE et Véronique BUTTIN

PARIS, 21 mai 2005 (AFP) - "Beaucoup de bonheur" pour Marie-George Buffet (PCF), "magique" pour Jean-Luc Mélenchon (PS), "super-enthousiasmant" pour Olivier Besancenot (LCR): les militants pour un non de gauche sans exclusive au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne se sont retrouvés par milliers, samedi à Paris, place de la République.

Partie de collectifs de base qui ont éclos un peu partout en France, la mobilisation des militants anti-traité est monté en puissance et chacun des grands meetings régionaux rassemble désormais des milliers de personnes, à l'image de cette "journée politico-festive et populaire" dans la capitale (10.000 personnes selon les organisateurs, 3.500 selon la police).

"La mayonnaise a bien pris", se réjouissait M. Besancenot avant de prendre la parole, estimant que le meeting de Toulouse, le 12 mai, "a fait basculer l'ambiance de cette campagne unitaire".

Toute la gauche du non s'était donnée rendez-vous, ou presque : ni Laurent Fabius, ni Henri Emmanuelli n'ont participé à la fête. Proches du numéro 2 du PS, la sénatrice Bariza Khiari et le député François Loncle avaient néanmoins fait le déplacement.

A côté de la scène centrale où se succédaient orchestres et orateurs, un village de tentes faisait se côtoyer les stands du PCF, du non socialiste d'Henri Emmanuelli et de Jean-Luc Mélenchon, des Verts en rupture de oui, d'Attac, des syndicalistes réunis dans Solidaires, de la FSU, de la LCR ou du quotidien communiste l'Humanité.

Symbole de cette unité, ils étaient très nombreux à arborer l'auto-collant du collectif organisateur: "Le 29 mai, le non de toutes nos forces". Une foule mélangée, de toutes les générations, déambulait, avec en boutonnière les badges: "Pour moi c'est non" (Mélenchon), "Cette fois, c'est non" (Emmanuelli), ou encore "L'espoir: le 29 mai, je vote non" (PCF).

"mouton noir"

Mme Buffet a demandé d'"aller jusqu'au bout de la campagne pour conforter le vote non face à l'armada du oui, de ne pas lâcher".

"Voter cette Constitution , c'est se tirer une balle dans la tête, c'est renoncer à sa citoyenneté", a lancé l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne José Bové. "Cette Constitution va enfermer l'Europe dans un modèle économique libéral pour 50 ans".

L'humeur générale était à la contestation, à la rébellion et au refus de la stigmatisation du non. Fabriqué après que Jacques Chirac eut affirmé que la France serait "le mouton noir" de l'Europe en cas de défaite du oui, le badge d'Attac à l'effigie d'un mouton connaissait un vif succès.

Sur la place, la foule reprenait en choeur: "au milieu du troupeau qui bêle, le mouton noir se rebelle", paroles de la chanson du non de gauche écrite et interprétée sur scène par le groupe Jolie Môme.

Dans les allées, les conversations allaient bon train sur un seul thème : la Constitution , chacun ayant à coeur de se référer explicitement au texte pour prouver qu'il n'y avait pas d'autre vote possible que le non. "Penser, c'est dire non", proclamait la pancarte d'un militant citant le philosophe Alain.

Venu en observateur, le politologue Stéphane Rozès (CSA) analysait la forte mobilisation citoyenne dans cette campagne référendaire comme "une appropriation du débat qui n'est maîtrisée ni par les leaders du oui, ni par ceux du non".

"Ca ne s'arrêtera pas comme ça", a prévenu Christian Picquet (LCR), "c'est une lame de fond", s'est enthousiasmé M. Mélenchon, tandis que pour Martine Billard (Verts) "il y a beaucoup d'espoir".

 

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Par Anabelle Nicoud

PARIS, 21 mai 2005 (AP) - Plusieurs milliers de personnes, 3.500 selon la police, 11.000 selon les organisateurs, se sont rassemblées samedi après-midi à Paris dans une ambiance "politico-festive" pour répondre à l'appel du "non de gauche" lancé par des associations, syndicats et partis politiques de gauche regroupés sous l'Appel des 200.

Le leader de la ligue communiste révolutionnaire (LCR) Olivier Besancenot, le fondateur de la Confédération paysanne José Bové, le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, la secrétaire nationale du Parti communiste français Marie-George Buffet se sont succédés, avec plusieurs dizaines d'autres personnalités de gauche, sur la scène de la place de la République en faveur du "non".

"La constitution c'est du Blair, du Schroder, du Berlusconi, du Raffarin dans le texte et c'est pour ça qu'on en veut pas," a lancé Olivier Besancenot sous les applaudissements.

José Bové a quant à lui pourfendé le traité constitutionnel qu'il a assimilé à une "prison libérale" qu'il fallait, suivant une méthode qui lui est propre, "démonter." Aux côtés du socialiste Jean-Luc Mélenchon, il a salué la mobilisation pour le non. "Pour la première fois, c'est toute la gauche associative, syndicale et politique qui est réunie," s'est-il félicité.

Georges Sarre, premier secrétaire du Mouvement Républicain Citoyen, a également salué cette initiative. "Nous ne sommes pas tous sur la même ligne," a expliqué l'ancien ministre à l'Associated Press, mais "quand il y a un incendie, on ne regarde pas la tête du pompier".

José Bové, a l'instar des intervenants, a estimé que le non est un "non joyeux, un non festif", et c'est sans doute l'image que voulait transmettre le rassemblement.

Stands de merguez, de kebabs et de gaufres cotoyaient ceux des associations, partis et syndicats compris dans l'appel des 200, tandis qu'entre les discours, des groupes "issus de la scène émergente" (reggae, world music, etc.) se produisaient sur scène.

Parmi les milliers de personnes présentes, beaucoup de militants, arborant badges du non -vendus avec l'étiquette "La victoire du Non vaut bien un euro"- , t-shirts à l'effigie du Che, drapeaux rouges du parti communiste.

Certains se sont inventés leurs propres slogans. Un militant du parti d'extrême gauche le Parti des Travailleurs, Raymond, âgé de 67 ans, se promenait avec un écriteau proclamant "J'ai de plus en plus de mal à digérer les choux de Bruxelles."

Les lycéens, après leur mobilisation contre la loi Fillon, étaient également présents. "J'ai parcouru la constitution et je vois beaucoup d'ultralibéralisme," déplore Cléo, âgée de 17 ans.

Les noms de Jacques Chirac, du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ont été hués à plusieurs reprises, des "représentants lamentables" pour Jean-Luc Mélenchon, "des chefs ouiouistes qui nous prennent pour des imbéciles", selon Marie-George Buffet.

La féministe Gisèle Halimi, la dissidente des Verts Francine Bavay avaient également répondu présents. Avec 52% des intentions de vote, le non était donné vainqueur, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche.

 

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