Pays-Bas

Publié le par France Républicaine

par Isabelle WESSELINGH

LA HAYE, 21 mai 2005 (AFP) - A moins de deux semaines d'un référendum crucial sur la Constitution européenne aux Pays-Bas, deux sondages donnent une large avance au "non" malgré les efforts redoublés du gouvernement de centre-droit pour renverser la tendance.

Si le référendum consultatif était tenu cette semaine, le "non" l'emporterait avec 63% des voix contre 37% au "oui", a révélé vendredi une enquête réalisée par l'institut NSS-Interview.

Un autre sondage publié samedi par l'institut Maurice de Hond indique que 60% des personnes qui ont déjà fait leur choix pour le référendum du 1er juin voteront contre le Traité constitutionnel et 40% en sa faveur.

Alors que les Français, qui se prononceront trois jours avant les Pays-Bas, le 29 mai, étaient depuis des semaines les champions du refus de la Constitution , les Néerlandais semblent aujourd'hui les plus décidés contre le texte. Les cinq derniers sondages publiés en France ne donnent qu'entre 51 et 54% au camp du non.

"Nous avons distribué des tracts appelant à voter non et nous avons été sidérés par l'enthousiasme des gens et leur approbation", déclare à l'AFP Thomas Krupp, un représentant de la Campagne européenne pour le non venu tenir meeting à Amsterdam.

A côté de lui, au bord des canaux, Harry van Bommel, député du Parti socialiste (SP), un petit parti à la gauche des sociaux-démocrates et un des rares défenseurs du "non" à la Constitution , jubile.

La progression du "non" aux Pays-Bas, un des fondateurs de l'Union européenne, semble à première vue défier tous les pronostics alors que 85% des parlementaires, soit l'ensemble des grands partis politiques, des sociaux-démocrates aux libéraux, en passant par les chrétiens-démocrates et les centristes, approuvent la Constitution .

Seul le député d'extrême-droite Geert Wilders, pourtant au plus bas dans les sondages de popularité, les socialistes du SP et les petits partis protestants orthodoxes, appellent à voter contre.

"Les gens se sentent floués. Ils n'ont jamais été consultés sur l'Europe et ils se sentent trompés sur un certain nombre de sujets, dont l'euro", explique Harry van Bommel.

Le premier référendum national de l'histoire des Pays-Bas semble donc l'occasion rêvée de sanctionner une Europe "qui va trop vite, et que les gens ont l'impression de ne plus contrôler", explique Johan Huizinga, commentateur pour la radio internationale néerlandaise Wereld Omroep.

Contrairement à la France, la peur d'une Europe "trop libérale" n'est pas la première motivation des partisans du non aux Pays-Bas.

"Je crains davantage une perte de souveraineté, qui nous force à changer notre politique en matière d'avortement ou d'euthanasie légalisée sous condition", explique à l'AFP Jeannette Wijsman, une thérapeute d'Amsterdam qui votera non bien que le parti qu'elle soutient d'habitude appelle à voter oui.

Le mécontentement face à l'euro est également un des moteurs du scepticisme croissant après des révélations montrant que l'ancienne monnaie nationale, le florin, avait été sous-évaluée par rapport au deutsche mark au moment de la conversion. 55,8% des opposants à la Constitution invoquent l'euro comme une des raisons de leur choix.

La peur de la Turquie et de manière plus générale le repli des Pays-Bas sur eux-mêmes depuis trois ans sont également des facteurs importants, relève Femke Halsema, chef de file des écologistes et pro-constitution .

La campagne de l'équipe gouvernementale, qui s'est jetée à corps perdu dans la bataille depuis cette semaine malgré une impopularité croissante, n'a pas non plus eu l'effet escompté. 59% la jugent contre-productive, selon un sondage.

Le Premier ministre Jan Peter Balkenende a appelé samedi les Néerlandais à ne pas se laisser "emporter par les sondages".

 

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article