Appel du Collectif des gaullistes de progrès pour le NON

Publié le par Laurent Pelvey

Appel du Collectif des gaullistes de progrès pour le NON

 

Le débat actuel sur le projet de traité constitutionnel européen est capital pour notre pays et pour l’ensemble des peuples qui composent l’Europe. Du vote qui interviendra le 29 mai en France dépendra non seulement  l’orientation future de l’Europe mais aussi l’avenir quotidien de chacun d’entre nous pour une très longue durée.

La montée spectaculaire du NON dans les sondages a révélé un véritable divorce entre le peuple et la quasi totalité de nos élites qui ont pris position pour le oui. Prises de panique devant ce désaveu cinglant, ces dernières utilisent les arguments les plus discutables et montrent un très grand mépris à l’égard du peuple qui ose se rebeller contre elles.

Il est faux en particulier de prétendre qu’il ne serait tenu aucun compte d’un vote négatif du peuple français, peuple fondateur et incontournable de l’Europe, indispensable à son existence même. Affirmer une telle contrevérité est un véritable déni de démocratie.

Certains zélateurs du oui tentent d’enrôler, à titre posthume, le général de Gaulle dans leur combat douteux. Il s’agit là d’une imposture qu’il nous revient de dénoncer, nous citoyens français, profondément attachés à la pensée politique et sociale du général de Gaulle en tant que référence historique majeure de notre pays. C’est pourquoi nous estimons de notre devoir de faire connaître notre position en tant que gaullistes.

En réalité, le traité constitutionnel dont le maître d’œuvre est Valéry Giscard d’Estaing se caractérise par de nombreuses tares qui le rendent totalement incompatible avec la conception de l’Europe des États qui fut celle du général de Gaulle. Nous limiterons notre démonstration à trois points fondamentaux :

En premier lieu, ce traité se fait l’instrument de l’idéologie ultralibérale mondialisée, laquelle devient l’idéologie officielle et constitutionnelle de l’Europe avec la sacralisation de la "concurrence libre et non faussée", dogme répété de manière obsessionnelle, tout choix inverse étant interdit aux peuples européens.
De ce fait, la mise en application de ce dogme impose dans un souci de compétitivité un combat incessant de tous contre tous, impliquant une régression sociale général basée sur les délocalisations, le démantèlement du droit du travail, de la protection sociale et des retraites, la destruction des services publics, la marchandisation de l’ensemble des activités humaines et le culte du profit pour une minorité de privilégiés. La directive Bolkestein est l’exemple parfait de cet ultralibéralisme que l’on cherche à imposer. La société est appelée à ne plus connaître qu’une seule loi : la loi de la jungle propice à ces grands prédateurs que sont les multinationales et les marchés financiers.
À cet égard, il convient de rappeler que le général de Gaulle, s’il ne connut pas à son époque les méfaits de l’ultralibéralisme, n’en critiquait pas moins sévèrement les travers du capitalisme qui, disait-il, "porte en lui-même les motifs d’une insatisfaction massive et perpétuelle" et dénonçait les "excès du régime fondé sur le "laisser-faire, laissez-passer" dont aucun palliatif ne pouvait guérir "son infirmité morale".
Auteur des grandes nationalisations de 1945, fondateur de la Sécurité sociale et des comités d’entreprise, le général de Gaulle croyait au rôle indispensable de l’État dans l’économie et invoquait "l’ardente obligation du Plan". Il définissait ainsi le rôle de l’État : "Bien que la liberté reste un levier essentiel de l’œuvre économique, celle-ci n’en est pas moins collective, commande directement le destin national et engage à tout instant les rapports sociaux. Cela implique donc une impulsion, une harmonisation des règles qui ne saurait procéder que de l’État. Bref, il y faut  le dirigisme".
De ce fait, nous considérons que l’ultralibéralisme qui imprègne le traité constitutionnel européen s’oppose frontalement à la vision politique et sociale du général de Gaulle, elle-même étroitement liée à la promotion du concept de participation.

En deuxième lieu, le traité constitutionnel européen confie l’essentiel des pouvoirs exécutif et législatif à des organes indépendants, non soumis au contrôle des peuples : Commission européenne, Banque centrale européenne, Cour de justice européenne. Tout est fait en sorte de réduire de manière drastique le domaine de compétence des États nationaux qui, eux, sont l’émanation des peuples.
Cette conception élitiste et technocratique des institutions européennes révèle une profonde méfiance à l’égard des peuples, écartés des centres de décision. Dès 1952, le général de Gaulle avait perçu cette dérive antidémocratique de l’Europe et la condamnait :
"On ne fera pas l’Europe si on ne la fait pas avec les peuples et en les y associant. Or, la voie que l’on suit est complètement différente. On s’enferme dans des comités; on élabore des techniques; on fabrique des “pools“; on se réunit dans des conseils entre augures intéressés. Mais les peuples n’y sont pas."
Plus de cinquante après, cette condamnation est toujours de pleine actualité et suffit à justifier le NON au prochain référendum.

En troisième lieu, la politique de défense européenne, telle qu’elle est présentée dans le traité constitutionnel, fait allégeance à l'OTAN sous commandement américain, reconnue comme "le fondement de la défense collective des États européens qui en sont membres."
"Le politique de sécurité et de défense commune devant être compatible avec la politique de sécurité et de défense arrêtée dans le cadre de l'OTAN."
Il est manifeste qu’une telle orientation atlantiste exprime l’acceptation sans réserve de la vassalité à l’égard de la puissance hégémonique américaine et contredit la vision gaullienne d’une Europe européenne et indépendante.
En 1964, le général de Gaulle l’exprimait ainsi : "Il s’agit que l’Europe se fasse pour être européenne. Une Europe européenne signifie qu’elle existe par elle-même et pour elle même, autrement dit qu’au milieu du monde, elle ait sa propre politique. Or justement c’est ce que rejettent consciemment et inconsciemment certains qui prétendent cependant vouloir qu’elle se réalise.

"Au fond, le fait que l’Europe n’ayant pas de politique resterait soumise à celle qui lui viendrait de l’autre côté de l’Atlantique leur paraît, aujourd’hui encore, normal et satisfaisant.
"
Le général de Gaulle rejetait "une organisation inapte à avoir une politique indépendante, rattachée dans ce domaine comme dans celui de la défense et celui de l’économie à un système atlantique, c’est-à-dire américain et subordonnée par conséquent à ce que les États-Unis appellent leur leadership."

Pour tous ces motifs qui restent plus que jamais d’actualité, nous gaullistes de progrès, appelons à voter NON le 29 mai prochain.

Nous faisons nôtre en particulier cette forte exhortation du général de Gaulle :
"
La politique est une action, c’est-à-dire un ensemble de décisions que l’on prend, de choses que l’on fait, de risques que l’on assume, le tout avec l’appui du peuple.
Seuls, peuvent en être capables et responsables les gouvernements des nations. Il n’est certes pas interdit d’imaginer qu’un jour tous les peuples de notre continent n’en feront qu’un et qu’alors il pourrait y avoir un gouvernement de l’Europe, mais il serait dérisoire de faire comme si ce jour était venu."

C’est pourquoi, fidèles à la pensée visionnaire et réaliste du général de Gaulle, fidèles à sa volonté d’assurer la primauté de la politique sur l’économie, c’est-à-dire de la souveraineté des peuples et des nations, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, nous ne pouvons que condamner l’Europe ultralibérale et atlantiste qui en est l’absolue négation.

Les Français souhaitent une société reposant sur la justice sociale, sur le progrès social, sur la solidarité, sur la fraternité, sur la démocratie et la liberté. Ils refusent la précarité de l’emploi, le chômage, la misère, les inégalités sociales, la soumission aux marchés financiers.

C’est pourquoi le NON du peuple français aura un sens bien précis. Il sera le point de départ d’une nouvelle résistance contre les puissances financières qui veulent dominer le monde et qui utilisent l’Europe pour arriver à leurs fins.

Le NON sera porteur d’une grande espérance démocratique dans l’ensemble de l’Europe. L’Union européenne sera appelée à redéfinir l’ensemble de ses orientations. Une fois de plus, comme en bien des périodes de son histoire, la France doit saisir l’occasion d’être l’avant-garde d’un grand mouvement de libération contre les forces de la servitude.

En votant NON, les Français seront fidèles à une certaine idée de la France, celle qu'incarna le général de Gaulle, celle qui refuse la fatalité historique et la résignation.

 

premiers signataires :

Mmes Geneviève Blache, Jean Cadours, Yvette Dauer, Béatrice Decoster-Mallet, Gilberte Lardeau, Mariette Larreur, Odile Lopez, Hélène Nouaille, Ève Paret, Catherine Richez, Jacqueline Verdier, MM Georges Aimé, Julien Arnoult, Gilles Bachelier, Luc Beyer de Ryke, Erik Blondin, Patrick Bonte, Jean Cadours, Marcel Cordier, Jacques Cotteray, Roger Crampe, Jacques Dauer,  amiral Michel Debray, Olivier Delatour, Henri Fouquereau, Bernard Fournier (sénateur), général Pierre-Marie Gallois, Denis Griesmar, Yvon Grinda, Gabriel Kaspereit (ancien ministre), Paul Kloboukoff, Robert Laffont, Christian de La Malène (ancien ministre), François Lardeau, Jean-Pierre Larreur, Pierre Maillard (Ambassadeur de France), Thierry Mesny, Pierre Monzani, Laurent Pelvey, Pierre Regnault, Jean-Pierre Richez, Alain Rohou, Pascal Sigoda, Étienne Tarride, Jacques Verdier, Michel Verpillat, Paul Violet

 

Publié dans Militer

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