Frits Bolkestein

Publié le par France Républicaine

Par Odile DUPERRY

PARIS, 6 avr 2005 (AFP) - L'ancien commissaire européen néerlandais Frits Bolkestein, auteur de la directive sur les services qui porte son nom, devenue le repoussoir des tenants du "non" au référendum du 29 mai, a fait un voyage-éclair à Paris mardi et mercredi, pour défendre à la fois son nom et sa directive.

Celle-ci, adoptée à l'unanimité en janvier 2004 pour entrer en vigueur à la fin de la décennie, est soudain devenue le symbole des risques du libéralisme européen effréné.

Au point que le Président de la République Jacques Chirac a pesé de tout son poids au dernier sommet européen de Bruxelles, fin mars, pour obtenir la remise à plat du texte, régulièrement baptisé par ses détracteurs "directive Frankenstein".

Ulcéré, l'ancien commissaire, actuellement membre du conseil de surveillance de la Banque nationale des Pays-Bas (DNB), a décidé de venir à Paris, seul, pour défendre son nom et son texte. Les autorités françaises semblent ne l'avoir ni encouragé ni dissuadé. De son côté, il a évité les allusions trop directes à la politique française.

L'ancien commissaire s'est fait aider par ses compatriotes journalistes à Paris pour prendre langue avec la presse, a loué une chambre d'hôtel pour mardi soir, et s'est jeté dans un marathon d'interviews, dont une conférence de presse qui a réuni une centaine de journaliste au centre d'accueil de la presse étrangère (CAPE), dans la maison de Radio-France.

M. Bolkestein a expliqué que son nom se prononce "Bolkestenne". "Je ne suis pas un loup-garou, encore moins Frankenstein", a-t-il dit en excellent français, mais "si on m'attaque, je me défends".

L'ex-commissaire jugerait "inouï" que son texte soit complètement retiré, dans la mesure où il applique une des quatre libertés de circulation, fondamentales du traité de Rome.

Il a tenté de convaincre que le principe très controversé du "pays d'origine", selon lequel un prestataire de services ne doit être soumis qu'à la loi du pays dans lequel il est établi, ne constitue pas un risque de "dumping social".

Reprenant à l'envi, parfois avec humour, l'exemple du "plombier polonais" ou de la "nounou tchèque" censés effrayer leurs équivalents français, M. Bolkestein a rappelé que la directive - qui régira 50% de l'économie européenne - ne concernerait que les travailleurs indépendants, ceux-ci tombant dans le cadre de la loi du pays d'accueil s'ils y créent une entreprise.

Il s'est étonné de l'opposition de la France, quatrième exportateur de services du monde, "qui a tout à gagner" selon lui avec cette directive. Il a cité des études aux Pays-Bas et au Danemark qui montreraient un impact favorable à la croissance et à l'emploi.

Reste que la façon dont M. Bolkestein exprime ses idées n'est pas tout à fait à la mode française.

Ainsi, comme on lui demande s'il est libéral, ce dont presque tous les hommes politiques français se défendent, il répond, hilare : "Je ne suis pas seulement libéral, j'ai été président de l'Internationale libérale".

Il est contre les référendums, car il croit à "la démocratie représentative (par les élus, ndlr), pas à la démocratie directe", mais ira voter oui aux Pays-Bas.

M. Bolkestein assure aussi que "la démocratie, ce n'est pas pour les gens peureux", ou que "la concurrence est le meilleur moyen d'assurer la compétitivité". Il a enfin "espéré qu'il n'aurait pas à rencontrer les militants d'Attac ou de qui que ce soit", qui manifestaient devant Radio France, parce que sa voix "commençait à s'affaiblir".

 

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