conséquences d'un NON

Publié le par France Républicaine

Par Anne RENAUT

PARIS, 1er avr 2005 (AFP) - Un éventuel "non" des électeurs français au référendum sur la Constitution européenne ne serait pas désastreux pour l'économie en France et en Europe, affirment plusieurs économistes pourtant d'orientations opposées.

Des économistes de banque autant que des économistes proches des milieux altermondialistes estiment qu'un rejet du projet de Traité constitutionnel pourrait même favoriser les réformes économiques qu'ils appellent de leurs voeux.

Tous affirment que les répercussions du "non" sur les marchés financiers ne seraient "pas énormes", provoquant éventuellement une légère baisse de l'euro, une remontée des taux d'intérêt à long terme et de la prime de risque des actions.

Selon Denis Ferrand, économiste à l'institut Rexecode (proche du patronat), l'euro pourrait même ne pas bouger car il s'est "bien accommodé, jusqu'à présent, de l'absence de Constitution ".

Les enjeux économiques du projet constitutionnel sont "assez limités" par rapport au Traité de Maastricht, approuvé par référendum en France en 1992, estime dans une étude l'économiste Emmanuel Ferry, d'Exane BNP Paribas.

Un "non" à Maastricht "aurait été plus dramatique. Depuis, la création de l'euro a réduit la spéculation sur les devises et la volatilité des taux d'intérêts", renchérit Marc Touati, de Natexis, interrogé par l'AFP.

L'économiste Bernard Maris, auteur de "l'Anti-manuel de l'Economie", estime lui aussi qu'un éventuel "non" n'aurait "pas beaucoup d'incidences" économiques car "la clé de voûte de Maastricht, qui reste la clé de voûte de la nouvelle Constitution , est l'indépendance de la Banque centrale européenne et la désinflation compétitive".

"La part du budget ne change pas non plus, elle est même en régression. Ca veut dire qu'il n'y aura jamais de politique macro-économique d'envergure", déplore-t-il.

La crise institutionnelle engendrée par un "non" serait même "salutaire" et pourrait "susciter un saut qualitatif dans la construction européenne", selon M. Ferry.

Pour M. Touati, le "non" pourrait constituer un "électrochoc" permettant une "réforme de fond", pour "rendre l'Europe et la Banque centrale européenne (BCE) plus efficaces, faire en France des réformes structurelles, comme réduire les dépenses de fonctionnement de l'Etat et la pression fiscale".

Une baisse de l'euro serait même "positive" car elle "permettrait à la France et à l'Europe d'avoir un bol d'air sur le front de la croissance", selon lui.

En revanche, le "non" pourrait avoir des conséquences "plus prononcées" dans les pays candidats à l'UE , sur les taux de change et les rendements obligataires, note la banque américaine Goldman Sachs dans une étude.

Deux scénarios sont envisageables, selon Véronique Riches-Flores, chef économiste Europe à la Société générale, qui prépare une étude sur le sujet : la BCE peut être "renforcée dans ses pouvoirs", ou bien les politiques "interféreront plus dans la politique monétaire".

M. Maris pense lui aussi que le "non" susciterait un "électrochoc" qui permettrait de "remettre en cause l'autonomie de la BCE".

Selon Michel Husson, économiste à l'Institut de recherche économique et sociale (IRES) et membre du conseil scientifique d'Attac, le "non" pourrait "conduire à une remise à plat des politiques économiques, sous la pression des aspirations des salariés à une orientation plus favorable aux salaires, à l'emploi et à la satisfaction des besoins sociaux", en matière de protection sociale et de services publics.

De toute façon, estime Bernard Maris, "les entreprises n'ont attendu ni le oui ni le non pour ne plus investir en Europe".

 

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