UMP - DLR - Dupont-Aignan

Publié le par France Républicaine

Nicolas Dupont-Aignan, entretien Le Figaro, 09/03/2005

 

Pourquoi avez-vous renoncé à soumettre au Conseil national de l'UMP une motion défendant le non au référendum ?

J'ai refusé de participer à ce vote car j'ai décidé de faire campagne jusqu'au bout pour le non. Dans l'esprit des institutions de la Ve République, le référendum appelle les Français à trancher en conscience une question cruciale. Les partis n'ont pas à cadenasser le débat. L'UMP n'a d'ailleurs jamais consulté ses adhérents et ce Conseil national a surtout été une démonstration de la puissance de l'effet Sarkozy sur les cadres. Il les a convaincus qu'on pouvait dire non à la Turquie en votant oui au référendum, ce qui est faux.

 

Que répondez-vous à Nicolas Sarkozy quand il affirme qu'il sera plus difficile pour la Turquie d'entrer dans une Europe dotée d'une Constitution ?

Je persiste et je signe : l'adoption de la Constitution ne peut au contraire que faciliter l'entrée de la Turquie. Dans un système où de plus en plus de décisions sont prises à la majorité qualifiée, et où la représentation des Etats est proportionnelle à leur population, c'est une folie. Vers 2030, la Turquie, avec 100 millions d'habitants, sera le pays le plus peuplé, pivot de toutes les majorités au Conseil des ministres. En votant non, on bloque dès maintenant l'adhésion d'Ankara, puisqu'on revient au traité de Nice, qui prévoit expressément une Europe à vingt-sept.

 

Mais Jacques Chirac a institué un référendum pour que les Français aient le dernier mot sur la Turquie.

Qui peut croire un instant que dans dix ans, on sera en mesure de dire non aux Turcs ? Le président de la République lui-même a déjà expliqué publiquement qu'il n'était pas «raisonnable» d'envisager de bloquer le processus d'adhésion avant sa conclusion et de proposer à la Turquie un simple partenariat ! En réalité, on demande aux Français de signer un contrat de mariage en leur cachant la mariée.

 

Etes-vous choqué que l'adoption de la Constitution soit présentée comme un moyen de garantir la paix en Europe ?

Je trouve cela ridicule. A défaut d'argument, les avocats du oui en reviennent au chantage ultime : dire non reviendrait à déclarer la guerre au reste de l'Europe ! La question est d'aider les nations européennes à relever les défis de la mondialisation.

 

A quels dangers faites-vous référence ?

Le traité constitutionnel renforce encore la dérive bureaucratique européenne et le pouvoir suprême des juges du Luxembourg. Il inscrit dans le marbre la politique économique qui nous a plongés dans le chômage de masse et nous livre aujourd'hui aux délocalisations. Il abolit aussi ce qu'il reste de contrôles à nos frontières et renonce donc à toute lutte contre l'immigration clandestine. Quand José Luis Zapatero est venu à l'Assemblée nationale, il a été applaudi par la droite et la gauche confondues, alors qu'il venait de régulariser plus de 500 000 clandestins qui seront libres de venir en France, où le système de protection sociale est le plus généreux !

 

Si le non l'emporte, la France aura-t-elle les moyens d'exiger de nouvelles négociations ?

C'est avant de signer, et non après, que l'on peut modifier un contrat. Quand un vice de construction apparaît sur un chantier, on s'arrête pour revoir les plans. Une renégociation permettrait enfin à l'Union européenne de corriger à la source ses dérives actuelles. Une autre Europe est possible. C'est le rôle de la France de la proposer. Mais encore faudrait-il que les gouvernements cessent la fuite en avant parée de bons sentiments qui leur sert à masquer leur démission face aux problèmes de leurs pays et aux attentes de leur peuple.

 

Propos recueillis par Judith Waintraub

 

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