syndicats

Publié le par France Républicaine

Par Rébecca FRASQUET

PARIS, 4 fév 2005 (AFP) - La crise provoquée à la CGT par la perspective d'un référendum sur la Constitution européenne illustre le dilemme des syndicats français vis-à-vis d'une Europe au projet libéral, qui focalise les craintes des salariés en matière de délocalisations.
Si les leaders des autres syndicats étaient peu disposés, vendredi, à commenter le "non" de la CGT au traité, exprimé massivement (82%) par le "parlement" du syndicat contre l'avis de Bernard Thibault, c'est que la question s'annonce délicate aussi pour leurs propres organisations.
"J'en prends acte", affirmait sobrement Alain Olive, tandis qu'à la CFDT François Chérèque, disait "bien comprendre" la "déception" de Bernard Thibault, de se "retrouver en difficulté" au sein de sa propre organisation.
"Je l'ai vécu" au moment de la réforme des retraites, affirmait M. Chérèque, ajoutant: "Dans ces moments-là, on a besoin que ses collègues des autres organisations syndicales s'abstiennent de s'exprimer".
Soutenir la Constitution s'avère un exercice délicat pour les syndicats français, dans un contexte de montée des revendications sociales mêlant refus des délocalisations, défense des services publics et 35 heures, l'Europe étant perçue comme un agent de pression sociale vers le bas.
En outre les syndicats ferraillent depuis des mois contre deux projets de directive européenne, celle sur les services (Bolkenstein), dont la Commission vient de promettre une remise à plat, et celle sur le temps de travail, qui selon eux menacent les acquis sociaux des travailleurs au nom d'une logique libérale.
"L'Europe sociale reste à construire"
Dans ce contexte, le projet de traité, auquel le Medef (patronat), s'est déclaré favorable, ajoutant au trouble, n'a trouvé que de timides défenseurs, alors que l'élargissement de l'Union à 25 suscite de vives craintes de chantage aux délocalisations chez les salariés.
Excepté la CFDT qui, fidèle à son ancrage européen, a affiché très tôt son soutien à un projet qui, selon elle, "ne comporte que des avancées", les autres syndicats ont tardé à se prononcer, privilégiant le débat interne et se gardant bien souvent de formuler une consigne de vote au référendum.
Pourtant, comme la CFDT, CGT, CFDT, FO, CFTC et Unsa sont adhérentes à la Confédération européenne des syndicats (CES), dont le comité de direction a pris position pour le texte le 13 juillet, jugeant qu'il "représente une nette amélioration par rapport aux traités actuels".
Lors du vote du comité exécutif de la CES en octobre, FO a été le seul syndicat à voter contre, pour récuser le principe même d'une prise de position de la CES, tandis que la CGT et la CFTC s'abstenaient.
FO arrêtera sa position lors de son prochain comité confédéral national (CCN) au mois de mars, mais "il n'est pas dans la tradition de la maison" de "confondre les citoyens et les travailleurs", a indiqué vendredi à l'AFP le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly.
La CFE-CGC, la CFTC et l'UNSA ont noté dans le traité des avancées par rapport au traité de Nice, notamment grâce à l'intégration de la Charte des droits fondamentaux. A l'Unsa "le débat est ouvert", et "c'est le congrès qui décidera" (du 15 au 19 mars), tempère toutefois son secrétaire général, Alain Olive, alors que le président de la centrale chrétienne, Jacques Voisin, ne perd pas de vue que "l'Europe sociale reste à construire", affirmant qu'il "n'est pas question de donner de consigne de vote".
Enfin, l'union syndicale Solidaires n'a pas donné de consigne mais s'est prononcé contre le texte, empreint des "politiques néolibérales".

 

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article